Le Pont

09/03/2014 12:01

" Une prière "  huile sur toile   70/60 cm

 

LE PONT


 

J'avais devant les yeux les ténèbres, L'abîme

Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime,

Etait là, morne, immense ; et rien n'y remuait,

Je me sentais perdu dans l'infini muet,

Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,

On  apercevait Dieu comme une sombre étoile,

Je m'écriais : - Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,

Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparait,

Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,

Bâtir un pont géant sur des millions d'arches,

Qui le pourra jamais ! Personne ! Ô deuil ! Effroi !

Pleure ! - Un fantôme blanc se dressa devant moi

Pendant que je jetai sur l'ombre un œil d'alarme,

Et ce fantôme avait la forme d'une larme ;

C'était un front de vierge avec des mains d'enfant ;

Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;

Ses mains en se joignant faisaient de la lumière,

Il me montra l'abîme où va toute poussière,

Si profond, que jamais un écho n'y répond ;

Et me dit : - Si tu veux, je bâtirai le pont,

Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière,

  • Quel est ton nom ? Lui dis-je, Il me dit : - La prière ,

  •  

V, Hugo ( Les Contemplations – Livre VI )