Le Pont
" Une prière " huile sur toile 70/60 cm
LE PONT
J'avais devant les yeux les ténèbres, L'abîme
Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime,
Etait là, morne, immense ; et rien n'y remuait,
Je me sentais perdu dans l'infini muet,
Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile,
Je m'écriais : - Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparait,
Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des millions d'arches,
Qui le pourra jamais ! Personne ! Ô deuil ! Effroi !
Pleure ! - Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetai sur l'ombre un œil d'alarme,
Et ce fantôme avait la forme d'une larme ;
C'était un front de vierge avec des mains d'enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière,
Il me montra l'abîme où va toute poussière,
Si profond, que jamais un écho n'y répond ;
Et me dit : - Si tu veux, je bâtirai le pont,
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière,
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Quel est ton nom ? Lui dis-je, Il me dit : - La prière ,
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V, Hugo ( Les Contemplations – Livre VI )